France : une Algérienne de 88 ans perd son titre de séjour

À 88 ans, atteinte d’une leucémie chronique, une ressortissante algérienne se retrouve sans titre de séjour en France. Son fils, de nationalité française, mène un combat judiciaire pour tenter de régulariser sa situation. Mais les démarches administratives s’avèrent semées d’embûches.
Arrivée en France en 2019, cette octogénaire a passé l’essentiel de sa vie en Algérie, dans la région de Sétif. Elle s’est installée à Strasbourg et a d’abord obtenu un titre de séjour pour raisons médicales.
La préfecture refuse le renouvellement
Depuis son arrivée, elle a bénéficié de plusieurs titres de séjour. Mais la préfecture du Bas-Rhin a fini par rejeter sa dernière demande de renouvellement. Elle s’est appuyée sur un avis rendu en 2023 par un collège de médecins de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII).
Selon ce rapport, « l’état de santé de l’intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquences d’une exceptionnelle gravité ».
Un recours rejeté par le tribunal
Pour tenter de garder sa mère en France, son fils, sexagénaire et titulaire de la nationalité française, a saisi le tribunal administratif. Un véritable bras de fer judiciaire s’est alors engagé.
Mais le tribunal a rejeté son recours. Le juge a estimé que la requérante « n’apporte pas assez d’éléments suffisants de nature à remettre en cause l’appréciation de la préfecture ».
Pourtant, le dossier médical est clair : elle souffre d’une leucémie chronique et d’une hémopathie maligne. Elle a besoin de transfusions sanguines chaque mois.
« Un parcours du combattant » en Algérie
Le fils de l’octogénaire reconnaît que sa mère pourrait rentrer en Algérie, où elle a encore de la famille. Mais il souligne qu’il lui serait très difficile d’y suivre son traitement. « C’est un parcours du combattant pour faire transfuser quelqu’un au bled », a-t-il déclaré.
Son avocat a fait appel de la décision du tribunal administratif. Quant à l’intéressée, elle ignore tout de sa maladie et du risque d’expulsion. Son âge avancé la protège de cette réalité.
Une reconnaissance symbolique et paradoxale
Ce refus est d’autant plus incompréhensible que cette Algérienne a été reconnue, par un jugement de 2021, « pupille de la Nation ». Son père est mort pour la France pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce statut lui a été accordé en tant qu’orpheline de guerre.
Bien que cette reconnaissance n’ait qu’une portée symbolique, le fils estime qu’« il est pour le moins paradoxal de reconnaître une telle qualité et de refuser à son bénéficiaire le droit de séjourner régulièrement en France ».
« Si mon grand-père avait été Américain… »
Le sexagénaire s’interroge amèrement : « Si mon grand-père avait été américain, est-ce qu’on aurait traité ma mère comme ça ? » Il rappelle que son père, tout comme lui, a travaillé une vingtaine d’années dans les mines en Lorraine.
De nationalité française, il assure avoir « lui-même donné pour son pays ». Il confie vivre « mal cette situation humainement ».



