Inquiétude chez les Marocains du Québec après l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ)

Le gouvernement du Québec a annoncé la suppression du Programme de l’expérience québécoise (PEQ), très populaire auprès des étudiants et travailleurs étrangers, notamment les Marocains. Cette mesure s’accompagne d’une réduction du seuil d’immigration permanente, qui passera de 60 000 à 45 000 personnes par an.
Un programme d’intégration apprécié des étudiants et travailleurs étrangers
Créé en 2010, le PEQ offrait deux voies d’accès à la résidence permanente :
- une pour les étudiants diplômés au Québec ;
- et une autre pour les travailleurs étrangers temporaires.
Pour les étudiants, il suffisait d’avoir un diplôme universitaire, collégial ou professionnel. Les travailleurs, eux, devaient justifier 12 mois d’expérience sur les 24 derniers mois avant leur demande.
Une fois le Certificat de sélection du Québec (CSQ) obtenu, ils pouvaient ensuite déposer une demande de résidence permanente auprès d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).
Des conditions durcies puis une abolition complète
En 2020, le gouvernement Legault a durci les critères du PEQ. Les diplômés devaient désormais travailler entre 12 et 18 mois à temps plein, tandis que les travailleurs étrangers devaient cumuler 24 mois d’expérience sur trois ans.
Ces changements ont provoqué une forte baisse du nombre de demandeurs.
En novembre 2023, le Québec avait allégé temporairement les règles pour les diplômés, mais la mesure n’a pas duré. Le PEQ pour diplômés a été suspendu le 31 octobre 2024, suivi du PEQ pour travailleurs le 5 juin 2025.
Finalement, les deux programmes ont été abolis le 6 novembre 2025.
📉 Des milliers de candidats concernés
Avant sa suspension, le PEQ comptait 15 000 à 19 000 demandeurs par an. La fin du programme limitera ce nombre à environ 13 500 à 15 000 personnes pour 2025, selon le plan d’immigration du Québec.
« C’était l’un des plus beaux programmes d’immigration pour ceux déjà intégrés ici », regrette Me Gabrielle Thiboutot, coprésidente de l’AQAADI.
« On va se retrouver avec des jeunes qui étudient ou travaillent ici depuis des années, mais qui devront repartir ou changer de province. »
Un nouveau système plus sélectif : le PSTQ
La seule voie économique pour immigrer au Québec devient désormais le Programme de sélection des travailleurs qualifiés (PSTQ), lancé le 2 juillet 2025.
Il comprend quatre volets :
- Haute qualification et compétences spécialisées,
- Compétences intermédiaires et manuelles,
- Professions réglementées,
- Talents d’exception.
Les candidats déposent une déclaration d’intérêt et sont classés selon un système de points basé sur :
- le niveau d’éducation,
- l’expérience de travail,
- le niveau de français,
- l’âge et la région de résidence.
Les candidats hors de Montréal obtiennent davantage de points, afin d’encourager l’installation dans d’autres régions.
Des critiques sur le manque d’invitations
Selon Me Thiboutot, les rondes d’invitations du PSTQ restent encore très limitées :
« Nous espérons que le gouvernement augmentera le nombre d’invitations après la disparition du PEQ. »
Les réfugiés et demandeurs d’asile ne sont pas concernés par ces programmes. Leurs demandes de résidence permanente se font directement auprès d’IRCC.
Des francophones incités à quitter le Québec
Faute d’alternatives, certains experts recommandent aux francophones de s’installer dans une autre province canadienne pour faire leur demande via Entrée express.
« Les francophones sont avantagés dans Entrée express. Ma recommandation actuelle, c’est : sortez du Québec », conseille Me Thiboutot.
Ce processus est plus rapide, car il ne passe pas par une étape provinciale.
Le Programme de parrainage collectif, permettant d’accueillir une personne étrangère et sa famille, reste quant à lui en moratoire jusqu’en 2030.



