Titres de séjour et OQTF : Laurent Nuñez change-t-il vraiment de cap ?

À la tête du ministère de l’Intérieur depuis plus de six mois, Laurent Nuñez a adopté un ton plus discret sur l’immigration. Ce changement tranche avec la ligne dure de son prédécesseur, Bruno Retailleau. Mais qu’en est-il réellement sur le terrain ?
Une rupture de ton… mais pas forcément de politique
Sous Bruno Retailleau, la politique migratoire était particulièrement stricte. L’objectif était clair : réduire l’immigration et accélérer les expulsions. Les refus de renouvellement des titres de séjour se sont multipliés. Ces pratiques ont été vivement critiquées.
Sur le plan diplomatique, les relations avec l’Algérie se sont tendues. Le désaccord portait notamment sur les expulsions et les laissez-passer consulaires.
Depuis son arrivée, Laurent Nuñez a choisi une approche plus apaisée. Il a relancé le dialogue avec Alger. Il évite aussi les déclarations médiatiques répétées sur les OQTF et les titres de séjour.
Une stratégie critiquée à droite
Ce changement de ton suscite des critiques à droite et à l’extrême droite. Certains accusent le ministre d’être trop souple. Le journal Libération évoque même des attaques le classant parmi les « immigrationnistes ».
Le ministre a notamment demandé aux préfets d’augmenter les régularisations dans les métiers en tension. Toutefois, il n’a pas ouvert la voie à une régularisation massive.
Sur le terrain, peu de changements visibles
Malgré ces annonces, la politique reste globalement inchangée. Laurent Nuñez n’envisage pas de revenir sur la circulaire de Bruno Retailleau. Celle-ci durcit les critères de régularisation par le travail.
Par ailleurs, un projet de loi est en préparation. Il vise à renforcer la lutte contre le séparatisme. Le ministre a même tenté d’empêcher une rencontre de musulmans de France en avril.
Les professionnels du droit confirment cette continuité. Avocats et associations ne constatent pas d’évolution majeure.
Selon l’avocat Samy Djemaoun, « les annonces existent, mais la politique reste la même ». Il cite notamment l’augmentation des places en centres de rétention et l’allongement des durées de détention.
Des ajustements techniques, sans rupture
Le ministre a promis des améliorations concrètes. Il prévoit de recruter 500 vacataires pour désengorger les préfectures. L’objectif est d’accélérer le traitement des titres de séjour.
Cependant, ces mesures restent techniques. Elles ne modifient pas la ligne politique globale.
Conclusion
En apparence, le ton a changé. Laurent Nuñez privilégie la discrétion et le dialogue. Mais dans les faits, la politique migratoire reste proche de celle de son prédécesseur.
Pour de nombreux observateurs, il s’agit davantage d’un ajustement que d’un véritable changement de cap.


