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Canaries : six migrants morts et près de 80 disparus après 17 jours à la dérive dans l’Atlantique

Partie le 30 mai des rives mauritaniennes, une pirogue à été retrouvée mercredi à 800 km des Canaries par un bateau commercial. D’après l’ONG Caminando Fronteras, le canot, qui a dérivé dès le quatrième jour de navigation, comptait environ 150 personnes à bord. Le bilan pourrait ainsi s’établir à six morts et près de 80 disparus.

Le bilan du drame survenu la semaine dernière dans l’Atlantique pourrait être plus élevé que les premiers chiffres annoncés, et s’élèverait désormais à six morts et plus de 80 disparus, selon une ONG.

Retour sur les évènements. Mercredi 19 juin, une pirogue à la dérive est repérée dans l’océan Atlantique, à plus de 800 km des Canaries, par un navire commercial en route vers le Brésil. Alertées par l’équipage, les autorités espagnoles demandent à un paquebot de croisière, l’Insignia, qui se trouve à proximité, de porter secours aux naufragés.

Ce bateau, propriété de la société Oceania Cruises basée à Miami, et qui peut accueillir jusqu’à 670 passagers, effectuait depuis janvier un voyage de 180 jours autour du monde.

Deux corps laissés à la dérive

Son équipage parvient à secourir 68 exilés d’Afrique subsaharienne, parmi lesquels trois mineurs et trois femmes. Cinq corps sont également découverts : l’équipe de l’Insignia remonte trois dépouilles, mais le « mauvais temps » l’empêche de récupérer les deux autres.

Il est alors décidé de laisser là le bateau de migrants en y plaçant un dispositif de localisation à bord pour permettre aux sauveteurs espagnols de le retrouver plus tard.

D’après un porte-parole d’Oceania Cruises, les 68 migrants reçoivent à bord « une assistance médicale ainsi que de la nourriture, des boissons, des vêtements et un endroit sûr pour se reposer ». Malgré cela, un des naufragés est décédé sur l’Insignia, portant à six le nombre total de morts.

« L’un des rescapés était dans un état critique et a dû être évacué, mais finalement le médecin à bord a confirmé qu’il était décédé », a expliqué plus tard le Salvamento Marítimo (service espagnol de sauvetage en mer) sur le réseau social X.

Après deux jours de navigation pour rejoindre l’archipel espagnol, le paquebot de croisière dépose les exilés au port de Tenerife vendredi. Selon les témoignages des survivants recueillis par le service de santé présent à l’embarquement, « plus de 100 personnes » se trouvaient à bord du canot. Ce qui signifierait qu’au total, 33 personnes seraient mortes au cours du voyage – les autres corps ayant été jetés à la mer par les passagers.

Mais l’ONG Caminando Fronteras qui documente les traversées vers l’Espagne affirme que, selon ses informations, cette pirogue comportait environ 150 exilés. Ce qui porterait à 83 le nombre de morts dans ce même bateau.

Le canot surchargé avait quitté Nouakchott, en Mauritanie, le 30 mai dernier. Après quatre jours de navigation, le moteur s’est cassé et la pirogue a dérivé. Dans l’Atlantique, les vents violents et les forts courants peuvent faire dériver des embarcations de migrants à des milliers de kilomètres de leur destination finale.

Des canots qui dérivent jusqu’au Brésil

Il arrive régulièrement que des canots échouent sur les rives du Cap-Vert, à plus de 1 500 km des côtes africaines et des Canaries. Début mars, les autorités cap-verdiennes avaient retrouvé cinq personnes dans une pirogue, et cinq cadavres – une sixième personne était décédée après son transfert à l’hôpital. Selon le récit des rescapés, la pirogue partie de Mauritanie comptait environ 65 personnes.

Dans cet océan agité, certains canots dérivent encore plus loin. Mi-avril, neuf corps de migrants ont été retrouvés par des pêcheurs au large du Brésil à environ 6 000 km des côtes africaines. La pirogue avait elle aussi pris la mer depuis les côtes mauritaniennes avec une vingtaine de personnes. Aucun passager n’a été retrouvé.

D’après l’enquête des autorités brésiliennes, le bateau – une sommaire barque en bois de 13 mètres de long qui ne possédait ni moteur, ni voile, ni gouvernail – a dérivé pendant plusieurs semaines, voire mois, dans l’Atlantique.

L’hypothèse la plus probable est que le bateau se soit fait emporter par un courant marin qui l’aurait dévié de son itinéraire. Les passagers seraient ensuite progressivement morts de faim et de soif.

Depuis le début de l’année, le nombre de morts dans l’Atlantique en tentant d’atteindre les Canaries a nettement augmenté. Selon Caminando Fronteras, entre janvier et mai 2024, plus de 4 800 personnes ont perdu la vie dans cette zone maritime, soit une personne décédée toutes les 45 minutes. L’ONG avait comptabilisé 6 800 décès sur cette même route pour l’ensemble de l’année 2023.

 

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