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Allemagne : les versements d’allocations en espèces bientôt réduits au strict minimum

Les dirigeants des 16 régions fédérées allemandes sont tombés d’accord pour limiter les versements en espèces aux demandeurs d’asile à 50 euros par mois. Depuis cette année, les exilés ne reçoivent plus leurs allocations en espèces mais via une carte de paiement. Le but des autorités : empêcher les transferts d’argent à l’étranger.

Réunis à Berlin la semaine dernière, les dirigeants des 16 Länder (l’Allemagne fédérale est composée de 16 régions, appelées Länder) ont plaidé pour uniformiser davantage le nouveau dispositif de carte de paiement pour les demandeurs d’asile.

« Nous avons décidé d’un commun accord de fixer la limite des espèces à 50 euros », a ainsi déclaré Boris Rhein, qui dirige le Land de Hesse, dans l’ouest du pays, ainsi que la Conférence des ministres-présidents des Länder.

Depuis cette année, les allocations sociales ne sont plus versées en espèces (ou en bons) aux demandeurs d’asile mais via une carte. Le but des autorités : empêcher les transferts d’argent à l’étranger et, selon les médias, dissuader les exilés de venir dans le pays.

Trois Länder ont néanmoins souligné le caractère non contraignant de cette décision. Selon le journal Tagesspiegel et l’hebdomadaire Der Spiegel, ces trois régions préfèrent adapter le montant des versements en espèces aux conditions de vie locales, avec une fourchette allant de 50 à 120 euros par mois.

Fin janvier, 14 des 16 Länder avaient convenu d’une procédure d’appel d’offres commune pour trouver l’entreprises qui fournira les cartes de paiement. Une annonce devrait tomber au cours de l’été.

Comment fonctionnent les cartes de paiement ?

Les cartes de paiement (« Bezahlkarten » en allemand) ressemblent à des cartes bleues sur lesquelles la plupart des allocations sont créditées une fois par mois.

Les demandeurs d’asile n’ont pas le statut de résident en Allemagne et ne peuvent donc pas ouvrir un compte bancaire à leur nom, ni travailler légalement pendant au moins les premiers mois de leur séjour dans le pays.

Les demandeurs d’asile peuvent utiliser cette carte de paiement dans tous les magasins qui acceptent les cartes de crédit classiques.

Mais, en Allemagne, de nombreux petits commerces ne prennent que du liquide. L’utilisation de la carte peut aussi être limitée géographiquement à certains codes postaux. De plus, elles ne permettent pas d’effectuer des achats en ligne.

Officiellement, les cartes doivent empêcher les transferts d’argent à l’étranger et le paiement éventuel de trafiquants. Les autorités assurent aussi vouloir rationaliser la distribution des allocations, alléger la charge administrative et enfin rendre l’Allemagne moins attractive pour les migrants.

Des experts et groupes de défense des migrants dénoncent un dispositif discriminatoire, d’autant que l’économie allemande fonctionne encore beaucoup à l’argent liquide, contrairement à de nombreux Etats européens.

« Très improbable » que la carte freine les demandes d’asile

Aussi, selon Matthias Lücke, chercheur à l’Institut de Kiel, l’objectif affiché de limiter les transferts d’argent à l’étranger est illusoire. « Tant que les réfugiés vivent de prestations sociales, ils n’ont que très peu d’argent à transférer. Il ne reste pas grand-chose à la fin du mois sur les 460 euros mensuels d’aide. Les personnes qui transfèrent de l’argent à l’étranger sont généralement des immigrés qui travaillent et gagnent de l’argent ici. Ils pourront évidemment continuer à transférer leur argent », explique le chercheur.

Un syndicat de police a également mis en garde contre les effets contre-productifs du dispositif. De nombreux demandeurs d’asile doivent rembourser des dettes à des passeurs ou participent à couvrir les frais médicaux de leurs proches dans leur pays d’origine. Le syndicat estime que cette pression pourrait amener des personnes à trouver de l’argent illégalement et encourager l’économie informelle.

Des doutes subsistent également quant à l’effet dissuasif espéré. Herbert Brücker, expert en migration de l’IAB, le groupe de réflexion de l’Agence fédérale allemande pour l’emploi, estime qu’il est « très improbable » que la carte entraîne une diminution du nombre de demandeurs d’asile. Selon lui, il n’existe pas de corrélation significative entre le niveau des prestations sociales et les demandes de protection.

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