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Dakar, otage des embouteillages et du béton, trouvera-t-elle son salut dans l’écologie?

Coincée entre la multiplication des infrastructures lourdes et la densité incompressible d’un parc automobile roulant, Dakar souffre des embouteillages monstres qui font le quotidien de la ville. Pour s’en sortir, elle peut compter sur des innovations dans le transport, mais aussi et surtout sur la fibre écologique subite du Président sénégalais.

Sous un épais ciel de nuages gris et blancs superposés, une pluie forte fait le ménage dans Dakar, mais les espaces verts qui pouvaient recueillir les eaux sont quasi inexistants. Sur la voie de dégagement nord (VDN), une des artères qui mènent vers la banlieue et en dehors de la capitale, le couple fer-béton prospère et étend ses tentacules dans l’environnement.

De nouveaux autoponts sortent de terre, censés fluidifier la circulation, mais ils semblent plutôt doper les embouteillages qui étouffent la ville depuis plusieurs années.

«Pour le moment, les autoponts ne sont efficaces qu’en dehors des heures de pointe. Entre 8h et 10h et aux environs de 17h, le trafic est gigantesque. On n’a pas l’impression que leur construction sur la VDN a servi à quelque chose», se plaint Camara, un chauffeur de taxi habitant à la rue Moussé Diop, non loin du port autonome de Dakar.

Au-delà de la VDN, c’est toute la ville qui est sous tension. Le chaos est permanent à Petersen, zone marchande du Plateau devenue un véritable capharnaüm du business en tous genres. Ici s’entrechoquent vendeurs, acheteurs, marginaux, mendiants… insensibles aux fragrances du cocktail composé d’ordures, d’eaux de pluie et d’égouts.

Les policiers chargés de prévenir les embouteillages, en sueur et énervés par l’indiscipline des automobilistes, se retirent sous l’ombre d’un abri provisoire avant de revenir à la tâche après quelques minutes de répit… Mais ils sont pourtant indispensables.

«Sans eux et sans l’appui des agents de proximité qui leur donnent un coup de main, il aurait été impossible de bouger dans certaines artères de Dakar», reconnaît le chauffeur de taxi.

En dehors du Plateau, la ville reste otage des embouteillages. Entre les deux ronds-points de l’université Cheikh Anta Diop et le quartier résidentiel du Point E, des deux carrefours de la Sicap Sacré-Cœur à la zone de Nord-Foire, de la Cité Lobatt Fall au Croisement de Cambérène, le calvaire quotidien des populations et des automobilistes s’est transformé en une tragédie normalisée, sans solution immédiate.

«Le pire est à venir à partir de la semaine prochaine [lundi 27 juillet, ndlr] qui précède la fête de l’Aïd el-Adha [fête du sacrifice du mouton chez les musulmans, ndlr]. L’étouffement est garanti en raison des centaines de milliers de personnes qui vont se déplacer dans la ville, entre la ville et la banlieue, entre la ville et l’intérieur du pays», soutient à Sputnik Cheikh Diallo, reporter-photographe dans un groupe de presse sénégalais.

La région de Dakar compte environ 4 millions d’habitants pour une superficie de 550 km2 alors que la ville éponyme englobe 1,2 million d’habitants. Elle concentre plus de 80% de l’économie du pays mais n’occupe que 0,30% de l’étendue du territoire. La moitié de la population urbaine du Sénégal vit dans la métropole-capitale, selon les statistiques de la Banque mondiale.

Depuis plusieurs années, les autorités cherchent la bonne formule pour neutraliser les embouteillages dans la capitale. Aujourd’hui, le programme Bus Rapid Transit (BRT) est sur les rails. C’est un système de transport de masse qui va desservir 14 communes d’arrondissement en passant par 23 stations, de la banlieue à Dakar-ville. Prévu pour 2022, il table sur 300.000 passagers par jour.

Le BRT ne fera pas disparaître le trafic du jour au lendemain, mais le penchant écologique récent du Président Macky Sall pourrait-il insuffler un peu de verdure dans la ville? Lors du Conseil des ministres du 15 juillet 2020, le chef de l’État sénégalais a ordonné au gouvernement «de réserver un territoire de dix hectares dédié au projet de Parc forestier urbain de Dakar-Yoff», dans la zone de l’ex-aéroport Léopold-Sédar-Senghor.

Prise dans un contexte de dénonciation générale contre l’accaparement de parties du domaine public maritime, la mesure écologique du chef de l’État sénégalais a été globalement saluée par l’opinion et sur les réseaux sociaux.

Une «petite victoire» qui, faute de donner réellement satisfaction aux automobilistes, insufflera tout de même quelque verdure dans leur quotidien bétonné.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Momar Dieng
Source : Sputnik 
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